Made in Brazzaville Part III: les Sapeurs, les cosmétiques et Hippolyte Diayoka.

 Pouvais-je être au Congo sans rencontrer de sapeurs ? Clairement, NON. Encore fallait-il que je sache où les trouver. Ils ne se promènent pas avec des écriteaux et contrairement à ce que je pensais, on n’en croise pas à tous les coins de rue.  J’avais entendu dire qu’ils se réunissaient souvent à Bacongo (quartier au sud de Brazza) le dimanche, au bar dénommé “La Main Bleue“,  pour y faire leurs célèbres démonstrations. Toute impatiente, mon appareil photo au cou, ça a pourtant été la déconfiture en arrivant devant le lieu en question.. Il était fermé et ne semblait pas près d’ouvrir ce soir-là. Barbara, ses amis et moi sommes donc partis nous désaltérer à la Détente dont je vous ai parlé ici.

En sortant de là, on a quand même souhaité faire un tour rapide dans le quartier. Alors que nous nous apprêtions à traverser la route, j’ai repéré un homme dans un costume bleu Klein, cravate rouge et chemise blanche, qui attendait que sa viande grillée soit prête.

Avouez que le contraste entre son allure et l’environnement ambiant est assez drôle, le genre de choses que l’on ne voit qu’en Afrique. J’ai discrètement commencé à prendre des photos de lui, mais il n’a pas tardé à me repérer bien sûr… Généralement, quand les gens dans la rue me voient pointer mon Reflex sur eux, ils sont assez agressifs mais ce monsieur-là, à ma grande surprise, a commencé à poser l’air de rien. Discrètement, il réajustait sa veste, mettait sa montre en évidence.. bref, j’étais -sans faire exprès- tombée sur un sapeur. Et plus précisément, sur Monsieur “Levis Strauss“.

Après avoir traversé de l’autre côté, on a commencé à marcher vers une rue assez animée où l’on est tombé sur un groupe de personnes très apprêtées, qui buvaient des bières en discutant. On les avait enfin, notre groupe de la Sape !

J’ai longtemps hésité avant de les approcher, craignant qu’ils ne comprennent pas que je veuille les photographier et leur poser des questions. Après plus de 5 minutes à débattre, Barbara et ses amis ont décidé d’aller les voir à ma place, leur expliquant en lingala que j’étais une journaliste de Paris qui faisait un reportage à Brazzaville. Réaction du groupe ? Ils ont demandé deux minutes, le temps de se pomponner, cacher les bouteilles, ranger les assiettes de viande… En gros, hyper coopératifs. Et c’est là que je réalise qu’il s’agit de la bande de Levis Strauss donc.

Le groupe s’appelle “Congo Uni“, constitué de sapeurs hommes, femmes, et d’âges divers. Je les ai écouté parler longuement de la Sape, de ce que ça représente pour eux, de leur amour des belles choses… et en toute sincérité, j’ai trouvé ça touchant. Ce n’est pas parce qu’ils ont été particulièrement sympathiques avec moi, mais parce que j’ai senti quelque chose d’authentique chez eux. On a souvent associé les sapeurs à des bouffons, à des caricatures des dandys européens, et certains en sont clairement. Mais le groupe “Congo Uni” dégageait une certaine humilité, et une approche très particulière de l’amour pour les vêtements. Je n’ai pas toujours tout capté puisque certains propos étaient exclusivement en lingala (qui m’étaient traduits en simultané), mais ce n’est pas bien grave, j’ai saisi l’essentiel de leur discours.

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Made in Brazzaville Part II: Loisirs, jeunes entrepreneurs et mixité sociale.

Lorsque je visite un pays, encore plus si celui-ci se trouve en Afrique, j’essaie de toujours de ne pas m’arrêter au minimum syndical du tourisme. Après tout, peut-on estimer avoir visité une ville si on se limite exclusivement aux alentours de son hôtel et à quelques tours dans des quartiers huppés ? Attention, je ne dis pas qu’il faille nécessairement aller s’enfoncer dans des ghettos (où même les locaux ne vont pas souvent) pour être légitime… mais j’aime bien voir l’envers du décor, le dos de la carte postale. Ca me donne le sentiment d’avoir une approche plus réaliste d’un lieu et de ses habitants. C’est la raison pour laquelle dès que j’ai su que je partais pour Brazzaville, j’ai contacté une des plus anciennes lectrices de mon blog avec qui je papote sur Twitter depuis un bout maintenant, Barbara, qui est une pure brazzavilloise. Elle est venue me chercher un dimanche matin, et a gentiment accepté d’être mon guide durant le séjour (après m’avoir dit qu’elle m’imaginait plus grande de taille LOL). On a commencé par aller déjeuner à la sortie de la ville, dans un complexe nommé Elonda.

Le lieu était très sympathique, le service un peu long (à l’africaine quoi), et l’ambiance assez calme. J’en ai profité pour bavarder avec Barbara, qui m’a raconté comment sa famille et elle ont survécu à la guerre civile qui a éclaté en 1997..

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Made in Brazzaville Part I: la ville verte.

Il y a des pays que vous avez souvent l’impression de connaître sans jamais y avoir mis les pieds. Votre imaginaire les concernant est nourri de sons, d’images d’épinal, parfois  de clichés ou de stéréotypes qui remontent au siècle dernier. Ce type de pré-conceptions, j’en ai sur pas mal de pays africains. Parfois, je suis dans le vrai, et parfois je suis à côté de la plaque. Pour ce qui est de la RDC par exemple, j’ai quelques bases comme tout le monde mais alors, le Congo-Brazzaville ? Mis à part quelques images de Pointe-Noire que j’avais en tête, je dois avouer que je ne savais rien de ce pays. Aucun élément, aucune certitude sur laquelle m’appuyer avant de partir. Du coup, ce voyage était une découverte intégrale. Mais d’ailleurs, pourquoi partais-je ?

C’était pour l’exposition organisée par ECair, la compagnie aérienne nationale. Vous pouvez lire mon interview avec la Directrice Générale de la société ICI. Départ de Roissy jeudi soir, court arrêt kérosène en Algérie dans la nuit, vol hyper confortable (big up à ECair pour leur professionnalisme !) et finalement, aux environs de 9h le matin suivant, j’ai commencé à apercevoir les terres congolaises..

Vu d’en haut, ma première réflexion a été: “Wow, c’est très….. VERT“. J’avais l’impression qu’on survolait des zones inhabitées, donc ça ne m’a pas plus étonnée que ça. Mais au fur et à mesure que l’on se rapprochait de l’aéroport, je voyais que la verdure était toujours très présente. Assise à côté de moi, Marina du blog YBG (et qui est accessoirement congolaise des deux rives) m’a glissée: “On appelle Brazzaville Brazza la verte“. Ah, d’accord.

Aérogare des arrivées, Aéroport Maya-Maya de Brazzaville

Comme tout le monde je crois, la première fois que je débarque dans un pays, j’ai toujours le souffle en suspens tant que je n’ai pas traversé toutes les formalités. Je n’ai rien à me reprocher, mais je ne sais pas, j’ai toujours l’impression qu’un truc va arriver et que je vais finir par remonter dans l’avion sans avoir vu l’extérieur. Je vous rassure, tout s’est bien passé cette fois. Très bien même. Contrôle des passeports et livraison des valises compris, j’ai passé à tout casser 45 minutes entre la sortie de l’avion et la sortie de l’aéroport Maya-Maya. C’est une performance que je tiens à saluer, parce qu’en Afrique, vous savez souvent comment ça se passe…. Autre chose que je tiens à saluer: j’avais beaucoup entendu parler de la rénovation de l’aéroport brazzavillois. Dommage que je n’aie pu prendre de photos de l’intérieur, mais il est franchement moderne, propre, climatisé et on s’entend parler quand on y est. Autant dire que j’ai eu une pensée forte pour l’aéroport “international” de Douala, ses coupures de courant rassurantes et sa climatisation sélective… Enfin bon.

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“Ce n’est pas un au revoir mais…”

Un peu plus tôt la semaine dernière, Angel Law de Concrete Loop a surpris tout le monde en annonçant qu’elle fermait le site qu’elle a créé il y a quelques années. Concrete Loop, c’est un des pionniers des blogs de gossip afro-américains. Angel a été parmi les premières à s’aventurer dans le domaine, et elle a ouvert les portes pour beaucoup de blogueurs derrière. La voir annoncer qu’elle arrêtait et passait à autre chose parce qu’elle n’avait plus de motivation à faire ce qu’elle faisait m’a fait un pincement au coeur. Je pense que toute personne qui a eu à porter ou porte encore un projet a forcément compris sa décision. Au delà de l’argent, du succès, de la notoriété, le coeur de votre projet c’est la motivation. Ce truc qui vous fait bosser jusqu’à 4h du matin sans vous plaindre, ce truc qui vous fait tenir le coup et serrer les dents, cette bouée de sauvetage à laquelle vous vous accrochez quand une grosse vague arrive droit sur vous. Quand vous n’avez plus ça, vous vous sentez vide et vous êtes à court d’idée et d’inspiration pour faire des choses qui étaient pourtant des réflexes auparavant. Cela demande énormément de courage de se faire à l’idée d’arrêter, et d’ensuite, l’assumer au point de le dire publiquement. Je lui tire donc mon chapeau, je la remercie pour ce qu’elle a fait, les gens qu’elle a inspiré et bien évidemment, je lui souhaite bon vent. Je ne m’inquiète pas pour elle, je suis sûre qu’elle va revenir de la meilleure des manières.

Un peu plus près, ici.. l’histoire n’est pas vraiment la même, mais presque.

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Venez m’écouter !

Avouez que le titre du post est accrocheur ! Hein ? HEIN ? Lol.

Plus sérieusement. J’animerai et participerai à 3 événements dans les prochaines semaines:

* Le 13 mars 2014, je vais modérer le débat “Et si l’Afrique déshabillait l’Asie ?“, sur les problématiques du textile en Afrique, à l’école de commerce parisienne ESCP-EAP. Organisée par l’African Business Club, les invités seront entre autres le styliste Alphadi et Jean-Joseph Boillot (spécialiste des économies émergentes et auteur de “Chindiafrique”).

* Le 18 mars 2014, je participerai à la conférence “Entreprendre et investir en Afrique“, organisée à Sciences Po Paris (amphithéâtre Jean Moulin), en partenariat avec l’ASPA. Je m’exprimerai aux côtés de:

- Jacques du Puy, Directeur Général de Canal+ Afrique

- Medhi Slimani, fondateur de Sawa Shoes (que j’ai interviewé pour FASHIZBLACK en 2012)

- Wilfired Lauriano Do-Rego, responsable Energie et Ressources Naturelles chez KPMG

- Jean-Michel Ette et Faetan Irman, fondateurs du cabinet de conseil BELZACAP Afrique

*Le 6 avril à 15h, je participe à l’atelier + table ronde “Je veux créer ma boîte“, organisé par le Sistas Club au MAS (10/18 rue des Terres au Curé, 75013 Paris). J’animerai le workshop sur l’entrepreneuriat en compagnie d’Haketa d’Hakken & Co, Clarisse de BelleEbene et Aïcha de BlackSpoon ! L’entrée est gratuite pour les adhérentes du Sistas Club, et pour les autres, il faudra prévoir 10€.

N’hésitez pas à me contacter sur Twitter si vous avez des questions en amont :)

“We are HAPPY from Cameroon !”

Hi y’all!

Je suis actuellement à Brazzaville (Congo), et en toute franchise, j’adore mon séjour ! Je vous prépare un post “Made in Brazza” en 2 parties, tant j’ai vu et entendu de choses ici. Mais je ne suis pas venue vous parler de cela aujourd’hui.

En janvier dernier, j’ai lancé (en douce) mon agence créative africaine… une sorte de grand chapiteau sous lequel j’abrite désormais les différents projets liés à l’Afrique dans lesquels je m’engage. Bon, c’est un peu plus complexe que ça, mais je rentrerai dans les détails une autre fois. L’agence est dans une sorte de phase “Bêta” pour le moment, le véritable lancement ayant lieu quand j’aurais atteint les 1ers objectifs que je me suis fixée. Quoi qu’il en soit, un des points communs à tous les projets de mon agence est de faire de la synergie de compétences afin de “vendre” la culture contemporaine africaine (et précisément camerounaise) sous des apparences diverses et variées.

Comme vous l’avez sûrement vu, la vidéo “Happy” de Pharrell Williams est reprise un peu partout dans le monde, et il s’agit sûrement d’un des plus gros buzz viraux de l’année. En Afrique, le Bénin a ouvert la voie avec un superbe “Happy from Cotonou“. Séduite par l’énergie et la manière dont la capitale béninoise apparaît dans la vidéo, je me suis évidemment posée la question: “A quand le Cameroun ?”. J’ai attendu quelques jours pour voir si quelqu’un sur place allait rappliquer, mais rien.. Dakar ayant vite pris le relais, j’ai commencé à accélérer la réflexion et à rechercher le réalisateur camerounais à qui je pourrais souffler l’idée. Puis il se trouve que Régis Talla, à la tête de la société de production audiovisuelle R. Talla Films, y pensait depuis quelques temps. Nous avons donc discuté, puis en quelques minutes, on s’est mis d’accord. On a travaillé ensemble pendant un petit moment sur la direction artistique (ambiances, paysages, humeurs, personnes sélectionnées..), puis progressivement, nous ajustions le tir en fonction des scènes qu’il filmait au jour le jour.

Je suis contente du résultat, et surtout, d’avoir pu associer ce que je sais faire à son talent. Le résultat respire la bonne humeur, la fierté nationale et la mixité (sociale, tribale, générationnelle..) et c’était notre objectif commun. J’en profite donc pour remercier à nouveau Régis, ainsi que tout son staff et les personnes qui ont accepté d’apparaître dans la vidéo.

Quant à mon agence, j’ai d’autres collaborations orientées sur l’Afrique en cours, et il me tarde de vous les dévoiler une fois qu’elles seront prêtes :)

A plus tard !